Transformation écologique, services publics, communs : c’est l’heure d’oser !

Nous vivons aujourd’hui un moment dramatique, où chaque jour apporte sa cohorte de morts du covid-19. Morts du virus, oui, mais morts aussi du productivisme d’un système économique mondialisé, dont on voit chaque jour les ravages sur les écosystèmes naturels, qui ont mis l’être humain en contact avec des espèces animales chassées de leur milieu naturel. Morts aussi de l’incurie de gouvernements qui, comme en France, ont asphyxié l’hôpital public pendant des années en le soumettant à la rigueur financière, sourd aux alarmes des personnels, et qui tente aujourd’hui d’en faire porter la responsabilité sur le simple citoyen.

L’écologie d’un côté, le service public, de l’autre. Nos sociétés sont confrontées aujourd’hui à un grand défi, qui touche à la vie elle-même. Je dis « nos sociétés », mais on voit bien que tout le monde n’est pas logé à la même enseigne, et que la responsabilité des catastrophes qui se multiplient incombe à ceux qui dominent ce monde, et l’exploitent jusqu’au dernier litre de pétrole : les grands capitalistes et leurs gouvernements.

I – Nous ne voulons pas du capitalisme « vert », nous voulons construire une nouvelle civilisation !

Trop souvent, lorsqu’on parle d’écologie, on pense « environnement », c’est-à-dire les rapports de l’être humain avec son milieu. On est, certes, conscient des « dégâts du progrès », mais on pense y remédier en rendant le système plus « vertueux », grâce au progrès technique.

C’est ainsi qu’est née au début des années 70 le « développement durable », avec les politiques mises en œuvre par le ministère de l’Environnement naissant pour réduire les impacts des aménagements ou les compenser, sans pour autant remettre en cause le modèle de développement lui-même. Par la suite, a surgi la question des gaz à effet de serre (GES) et du changement climatique, qui n’a pas pour autant empêché la relance massive du programme autoroutier, l’espoir étant placé dans la technologie des véhicules ; puis, pour l’industrie, a été mis en œuvre un marché des droits à polluer, qui s’est révélé un fiasco et parfois une bonne affaire pour les pollueurs, les droits étant gratuits et leur distribution généreuse.

Le ralentissement de la croissance se confirmant, accompagné, lors du tournant libéral d’une répartition des ressources au détriment des salariés, le rêve de la « société de consommation »,

né au moment des « 30 glorieuses » en a pris un coup. Le secteur de l’environnement a été présenté comme un marché prometteur dans toutes sortes de domaines, économies d’énergie, dépollution, traitement des eaux, etc., donnant un visage attrayant à ce qui s’appelait désormais « transition écologique », qui prendrait le relais de secteurs économiques en déclin. Et qui permettrait d’entretenir le mythe de la société de consommation, menacé par les politiques d’austérité et par l’externalisation d’une partie de la production dans les pays à bas salaires.

Mais le capital financier est impitoyable! La « croissance verte » a du mal à s’imposer, les bénéfices sont meilleurs ailleurs, dans les industries extractives notamment où les banques continuent à investir massivement. Et quel intérêt pour le capital, de s’investir dans les biens durables, alors que l’obsolescence programmée permet d’élargir le marché1

Le jeu aujourd’hui est mondial, les pays sont mis en concurrence les uns avec les autres, les gouvernements défendent les grandes firmes dont leurs membres sont souvent issus, il n’y a guère de forces capables de leur résister, encore moins pour arracher des conquêtes.

Les accords de Paris sur le climat n’ont pas empêché la poursuite des émissions de GES à l’échelle mondiale. La destruction des forêts se poursuit allègrement, la 6ème extinction de masse des espèces est en marche, et, avec la pandémie, on expérimente une « décroissance capitaliste », avec ses morts, ses attaques contre les protections du code du travail, un « état d’urgence sanitaire » renforçant la surveillance sociale et le pouvoir exorbitant de l’administration, et destiné à durer.

Derrière la « déclaration de guerre » au virus, c’est en réalité la lutte des classes qui se poursuit, encore plus dure qu’avant pour le peuple.

Oui, il y a état d’urgence, car l’humanité est en danger. Et les responsables sont ceux qui dominent et gouvernent le monde !

Oui, il y état d’urgence, et c’est aux peuples de se lever pour la construction d’un monde meilleur, en rupture avec le système actuel et avec ses valeurs. Pas un semple changement politique, un changement de civilisation.

II – L’écologie sociale, au centre du projet de transformation

Il est important de clarifier la notion de « transition écologique , qui est devenue une tarte à la crème et même le titre d’un ministère du gouvernement Macron, qui manie plus le discours que l’action, et qui ne dépasse pas un vague environnementalisme, un simple verdissement du capitalisme qui ne doit pas effrayer les lobbies.

L’écologie, c’est toute autre chose. Je cite ici Murray Bookchin2 : l’écologie « n’est pas l’environnementalisme, qui ne remet pas en cause la domination de la nature par l’être humain. L’écologie traite de l’équilibre dynamique de la nature, de l’interdépendance du vivant et du non-vivant et donc aussi des rapports entre l’humanité et les autres espèces et avec le substrat inorganique de l’environnement biotique … D’un point de vie critique, l’écologie révèle dans toute sa portée le déséquilibre résultant de la rupture entre l’humanité et le monde naturel ».

Ce processus est déjà ancien « l’homo sapiens a lentement et laborieusement transformé l’environnement naturel dont il est issu en un environnement social propre et unique. Ces deux points étant entrés en interaction au cours de phases évolutives extrêmement complexes, il est devenu aussi indispensable de parler d’écologie sociale que d’écologie naturelle… L’écologie sociale est la science des rapports naturels et sociaux au sein de communautés et d’écosystèmes ».

Dès les années 1980, Bookchin soulignait que « L’une des contributions les plus importantes de l’écologie sociale au débat écologique actuel est peut-être l’idée que les problèmes fondamentaux qui opposent la société et la nature émergent au sein même du développement social, et entre la société et la nature. En d’autres termes, les divisions entre les sociétés et la nature ont leurs racines les plus profondes dans les divisions au sein du domaine social, à savoir les conflits profonds entre les humains, qui sont souvent obscurcis par notre utilisation générique du terme « humanité ». » Ces propos sont toujours d’actualité !

Les bouleversements extrêmement rapides et irréversibles que l’on observe ces dernières décennies dans la nature, sous l’effet de notre système économique, accompagnent une mondialisation du capitalisme débridé, où tout est devenu marchandise dans un monde homogénéisé, où la vie de l’être humain passe après les affaires3 , où les pays qui se disent démocratiques gouvernent dans un perpétuel état d’urgence, sous la protection de la police. L’économie règne partout, l’individu appauvri4 est devenu un simple consommateur, on invoque en permanence le dieu « PIB » pour entretenir la flamme des « 30 glorieuses ».

Les « lois » de ce système capitaliste : exploitation du travail, hiérarchie et domination – de l’homme sur la femme, du blanc sur le « racisé », du patron sur le salarié… – homogénéisation, appuyées sur les valeurs de compétition, de concurrence, de possession sont, à proprement parler, contre-nature, car la nature connaît la coopération, la symbiose, elle développe une capacité d’auto-création lui a permis de développer au fil du temps des formes de vie plus complexes, dont l’être humain fait partie.

D’où la nécessité d’adopter de nouveaux modes de pensée et d’action, en harmonie avec la réalité du monde naturel5 et de constituer des communautés humaines sur des bases non hiérarchiques et de démocratie directe. Pour Bookchin, ces communautés doivent être « enracinées », intégrées de façon fonctionnelle – et pas seulement « situées » dans leurs écosystèmes – « ces choix impliquant des orientations très différentes en ce qui concerne les techniques, les éthiques et les institutions sociales ».

Portées par le mouvement des Territorialistes né il y a quelques années en Italie, des initiatives vont dans ce sens, à partir d’une critique de la métropolisation créée par le capital financier et soutenue par les gouvernements, au nom de la compétitivité6 . Ces expériences se posent en alternatives à la métropolisation, et porteuses d’un mode de vie et d’action en harmonie avec l’écosystème7. Elles présentent un caractère éminemment politique, car elles produisent un imaginaire qu’Emmanuel Faburel résume ainsi ; « habiter plus que consommer, coopérer plus que concurrencer, autogérer plus que posséder », concluant par « voici par l’écologie populaire et ses enjeux existentiels, ce que seraient les communs du post-urbain » . On peut noter que cette vision rencontre celle du « buen vivir » des cultures andiennes en Amérique latine.

Le caractère de communs de ces démarches réside dans le fait qu’elles sont le fait des habitantes de ces territoires, qui décident en commun des règles qui vont s’y appliquer. Elles s’inscrivent dans le projet politique du « municipalisme libertaire », où les communes, armatures institutionnelles du programme d’écologie sociale, doivent en s’organisant en confédérations, se substituer à l’appareil d’Etat.8

III – Pour un grand retour du politique et son appropriation par les habitant.e.s

Dans notre société de marché où l’économie est devenue centrale, réduisant des débats à des choix techniques, les services publics et ces nouveaux « communs » issus des territoires constituent des prises à saisir pour reprendre pied dans la politique et commencer à construire une alternative, qui ne peut être qu’écologique et sociale.

S’agissant des grands services publics, ceux que nous défendons pied à pied depuis des années dans nos manifestations, force est de constater que le vent a tourné depuis leur création. L’Etat libéral en est devenu le fossoyeur, et il n’y va pas de main morte : baisse des moyens financiers, suppression des postes, attaques contre les statuts, ouverture à la concurrence… avec au bout du voyage la privatisation. Regardez ce qui s’est passé pour les autoroutes ! Regardez surtout ce qu’il a fait à l’hôpital public. Et maintenant, regardez Macron faire acte de contrition, versant des larmes de crocodile… les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent, comme dit le proverbe. Sarkozy, lui-aussi, avait fait très fort en 2008 contre les banques, on a vu la suite…

Oui, il faut défendre notre Sécu, nos services publics, leur redonner des moyens pour répondre aux besoins de chaque territoire, les sortir des griffes de la concurrence et d’une gestion purement financière, cesser de désigner leurs personnels comme des privilégiés et reconnaître le sens du collectif et de la solidarité qui les anime, poussé à l’extrême lors des grandes crises.

Ces services, notamment les « grands services »9 qui irriguent l’ensemble de notre territoire, doivent retrouver leur mission originelle et leurs valeurs. Leur développement doit permettre d’élargir le champ de la gratuité et, lorsqu’ils sont payants, appliquer une tarification plus juste socialement et écologiquement10 . Pour cela, il n’est pas possible de les laisser aux mains de l’Etat, et de sa technocratie. Il s’agit de les mettre entre les mains des citoyens, de les « transformer » en institutions du commun »11 . A l’instar de la Sécurité Sociale, dont le conseil d’administration à sa création était composé en majorité de salarié.e.s et d’usager.e.s et dont la philosophie, comme disait Ambroise Croizat, était «  cotiser selon ses moyens, recevoir selon ses besoins ».

Ces services seront gérés au plus près du terrain, seul moyen d’être à l’écoute des besoins et d’assurer la justice entre les territoires. Le mouvement des Gilets jaunes a montré combien nos concitoyen.ne.s y étaient attaché.e.s.

Les services publics devront participer à la grande mutation présentée au chapitre précédent, à la mission de réinsérer les communautés humaines dans leurs écosystèmes. C’est un changement culturel, car chaque politique devra être pensée en fonction de cet objectif. Cela veut dire rejeter les « grands projets inutiles et imposés », renoncer au nucléaire, réduire drastiquement le transport aérien et le transport routier – et pas seulement donner la priorité aux modes non ou moins polluants, bref abandonner le productivisme au profit de la sobriété choisie, privilégiant les liens. De même, les entreprises publiques qui seraient socialisées, devront revoir leur stratégie12. Tous les choix en question sont des choix politiques, ils ne sauraient être laissés à l’ « expertocratie13 », derrière laquelle les politiques aiment bien se réfugier.

Loin de se concurrencer, les grands services publics et les « communs » territoriaux pourront, dans un intérêt réciproque, s’hybrider sur les territoires, où ils se rencontreront et se parleront. C’est ainsi que la culture de la « biorégion » va se diffuser chez les agents des services publics, dont la mission sur le terrain est souvent technique, et accroître encore le sens de leur mission. Une culture d’écologie sociale, non seulement sensible à l’harmonie entre la société humaine locale et la nature, mais aussi construite sur le renforcement du pouvoir d’agir de la personne et sur les assemblées décisionnaires

Peut-être y a-t-il une certaine utopie dans ces perspectives, tant le « mainstream » du capitalisme néolibéral coule dans l’autre sens, ligotant les peuples par des constitutions qui « inscrivent dans le marbre » la « concurrence libre et non faussée » et des traités commerciaux qui abaissent les normes sociales, environnementales, sanitaires.

Alors, reprendre la main sur les services publics, impossible ?

Redécouvrir que nous pouvons vivre en symbiose avec une nature, que nous avons trop longtemps méprisée et écrasée, impensable ?

Pas sûr, car beaucoup d’entre nous, les « confiné.e.s », ne veulent pas redémarrer pour recommencer comme avant. C’est peut-être le moment d’oser ce qui paraissait hier encore impossible ?

J. Lafont

6 avril 2020

1Un des principes de l’écologie est de prévenir, plutôt que de compenser et de guérir (cf. les études d’impact). Le capitalisme, c’est l’inverse, la réparation des dégâts crée un marché supplémentaire et produit donc de la plus-value. Dans une société privilégiant la valeur d’usage, moins de travail vivant serait nécessaire, permettant de réduire sa durée.

2Murray Bookchin, L’écologie sociale, éditions Wildproject, 2020, recueil de textes issu de trois ouvrages parus en 1982 et 1990

3La pandémie actuelle est un révélateur, voir les propos de Trump et de Bolsonaro, qui revendiquent cette position. Et en mode mineur, Macron, qui fait la même chose sans le dire (en imposant le travail obligatoire à des professions dans leur donner les protections)

4Au sens de « l’homme sans qualités » du roman de Robert Musil

5Qui englobe l’espèce humaine. « De nombreuses études en science de l’évolution confirment que la réciprocité sociale et la confiance sont des principes profondément enracinés de notre humanité… Ils pourraient même être codés génétiquement », David Bollier, La renaissance des communs (Pour une société de coopération et de partage,

6Là encore, sévit le « premier de cordée », censé « ruisseler » sur les territoires avoisinants. En réalité, ce mode l’urbanisation est particulièrement nuisant sur tous les plans

7Les propos suivants, tirés de Guillaume Faburel, De la métropolisation…au post-urbain, Les notes de la FEP (Fondation de l’Ecologie Politique) n°13 décembre 2019, sont éclairants : « Nombre de ces alternatives de vie tracent les premiers sillons émancipateurs d’une ère pas tant alter-métropolitaine mais réellement post-urbaine. Qu’elles émanent de mobilisations associatives ou d’expériences coopératives, d’initiatives d’habitantes et de collectifs en résistance, nous y trouvons, dans un local aussi multiplement réinvesti, un soin de la terre et une reconsidération des différentes manifestations du vivant, des valeurs de tempérance et de ménagement des milieux socio-écologiques de vie, ainsi que des formes coopératives d’autonomisation productive et plus largement encore de pratiques d’autogestion »

8Cela ne veut pas dire que cette évolution souhaitable sera un long fleuve tranquille, mais ce n’est pas l’objet de ce texte d’en débattre

9Il s’agit ici des grands réseaux qui irriguent et structurent notre territoire (infrastructures diverses, la Poste, hôpitaux, services accueillant les usagers…), mais aussi les services comme l’eau, la qualité de l’air, les forêts à gestion locale

10Pour l’eau et l’énergie, gratuité jusqu’à une consommation /tête « de base » ; au-delà, tarification croissante

11Pierre Dardot et Christian Laval, Commun – Essai sur la révolution du XXIè siècle, La Découverte, 2014

12Je pense notamment à l’industrie pharmaceutique, dont l’enrichissement va de pair avec l’appauvrissement de l’hôpital public, l’industrie extractive et énergétique…Les citoyens devraient participer aux décisions stratégiques et contrôler leur mise en œuvre

13Philippe Pignarre et Isabelle Stengers, La sorcellerie capitaliste, La Découverte, 2005

La lutte contre le changement climatique est une lutte pour l’émancipation

       Les catastrophes climatiques et l’hécatombe des espèces vivantes, visible à l’échelle d’une vie humaine, s’invitent dans tous les journaux télévisés. Les rapports du GIEC sont de plus en plus alarmants. Les +1°C sont déjà dépassés, tandis que les émissions de gaz à effet de serre (GES) continuent d’augmenter dans le monde. L’objectif +1,5°C de l’Accord de Paris en 2015[1] ne pourrait être tenu que par une réduction de 7,6% par an des émissions, une gageure en l’absence de signes de ralentissement. Un discours anxiogène se répand, face à l’inaction des gouvernements face au capitalisme mondialisé, que seul le virus semble pouvoir freiner.

       Comparées aux Etats qui considèrent qu’« après moi, le déluge », la France et l’Union Européenne se posent en bons élèves . La France a sa Stratégie Nationale Bas Carbone, l’Union européenne vient de publier son Green Deal. Mais, au regard de la situation, les actions annoncées sont modestes et trop lointaines, et on attend les réalisations concrètes[2].
       Car la réalité, c’est les 127 milliards de dollars de subventions[3] en 2018 aux industries fossiles, les banques qui rechignent à désinvestir[4] des énergies fossiles, la ratification du CETA par l’Assemblée Nationale, la relance du nucléaire en France sous prétexte de lutter contre le changement climatique, le feu vert donné à la construction de l’autoroute du Chablais[5], le renvoi sine die par Macron de l’interdiction du glyphosate – et la tentative, heureusement avortée, d’imposer une taxe carbone aux prisonniers de l’automobile, tout en épargnant les grands pollueurs.


                                                               ***

       Face à cette hypocrisie, on voit surgir de multiples appels. Ainsi en 2018 le « pacte social et écologique » de Laurent Berger, Nicolas Hulot et de 19 associations, qui s’inscrit dans une ligne réformiste d’accompagnement du système. Ainsi divers Green New Deal depuis une dizaine d’années, « oscillant entre une modernisation du capitalisme par des politiques climatiques et une rupture avec les traditions fossiles et productivistes héritées du 20e siècle »[6].
       Mais si le système capitaliste a montré, au cours de son histoire, sa capacité à se réformer, sa nature productiviste n’a pas changé, c’est sa caractéristique profonde qui le pousse à croître sans limites, ce qui est incompatible avec notre monde fini. On ne peut pas non plus s’appuyer sur les Etats, les bras armés du capital financier, pour piloter « par en haut » la nécessaire transformation écologique de nos sociétés. Cette situation d’urgence donne une grande responsabilité au mouvement social.
   
       Changeons le regard. Ce qui nous arrive aujourd’hui, c’est un bouleversement majeur. Comme le dit Bruno Latour, « aucune civilisation n’a affronté une mutation écologique aussi profonde ». On ne pourra pas y faire face avec les cadres de pensée et les valeurs du passé, ceux du système qui nous a conduits à la situation que nous connaissons. Il faut dépasser la peur qui saisit aujourd’hui nombre d’entre nous, notamment parmi les jeunes, face à perspective d’entrer dans un monde inconnu. Et pour cela, donner un horizon « désirable » à la lutte climatique, être acteur du changement au lieu de le subir, en faire un projet d’émancipation.

        Le mouvement des Gilets jaunes apporte des éléments de réponse. En occupant les ronds points, les invisibles ont retrouvé la dignité que la société leur refuse ; la lutte se poursuit, plus d’un an après. Comme souvent, les femmes y jouent un rôle important, faisant aussi avancer la cause de l’égalité. A une écologie trop marquée par la prédominance des classes moyennes ++ des centres-villes, les Gilets jaunes ont montré une autre voie, celle de l’écologie populaire.

        Ils/elles ont dit « pas de transformation écologique sans justice sociale », en mettant en lumière la dépendance à la voiture ; la fermeture des services publics, la difficulté à se soigner ; les revenus insuffisants ; le cadre de vie dégradé, l’exposition aux pollutions, la « malbouffe »… et le manque de considération.
       Organisé.es en assemblées démocratiques, ils/elles ont, dans le même temps, revendiqué fortement leur qualité de citoyen.nes, rappelant que le « peuple » était le dépositaire du pouvoir.


                                                                 ***

       Fini de subir, c’est le temps d’agir ! Le salut ne viendra pas d’en haut. Les revendications des Gilets Jaunes ont une dimension à la fois sociale et environnementale, associent justice sociale et lutte pour le climat, s’érigent contre le « travailler plus » et la dégradation de la qualité de vie, cet avenir que nous prépare le capital.

       Cette voix de l’écologie populaire, qui surgit du peuple, montre une alternative aux calculs des financiers : celle de la coopération et de la solidarité, du partage du travail, du plaisir d’agir ensemble, de se réapproprier sa propre vie, d’avoir le temps de participer aux affaires de la cité. Dans une société débarrassée du règne de la marchandise, où le « PIB » ne sera plus considéré comme le thermomètre de la bonne santé sociale[7], et où la gratuité prendra une place croissante.

       Cet horizon appelle à la convergence des luttes, en soulignant ce qu’elles ont en commun et peut les réunir : il relie étroitement dans le « bien vivre » défenseur.es du climat, salarié.es exploité.es et précarisé.es, habitant.es des banlieues populaires et des périphéries.

       Ce combat est aussi mené à l’échelle locale, où les idées municipalistes progressent et ont suscité des listes s’en réclamant qui, quelle que soit leur réussite, se poursuivront dans des assemblées citoyennes.

       Au niveau national, des volontés de convergence se dessinent entre les différents mouvements – climat, retraites, gilets jaunes – mais nous sommes encore bien loin du compte. Nous avons encore besoin de rencontres, de débats, de mélanges dans les manifestations, car les classes sociales qui participent à ces mouvements n’ont pas les mêmes conditions d’existence et partant la même vision du monde.
       Souvenons-nous de mai 68, où la convergence entre la classe ouvrière et la petite bourgeoisie radicalisée n’a pas pu s’opérer, et une grande partie de cette dernière est alors retournée dans le giron de la bourgeoisie pendant de longues années. Les grands mouvements sociaux ne se produisent pas souvent, ne ratons pas aujourd’hui le rendez-vous !

       C’est l’enjeu stratégique pour le mouvement social, qui devra savoir réunir « fins de mois » et « fin du monde » dans un même combat !

___________________________________________________________


[1]L’objectif, oui, mais les engagements volontaires des pays conduisent, eux, à une hausse de 3,2°C
[2]Et d’ailleurs, la France n’est pas si « vertueuse ». Si l’empreinte carbone par habitant en France est de 6,4 Tonnes équivalent Carbone en 2018, elle passe à 11,2 tonnes lorsqu’on prend en compte les importations, et ce dernier montant est supérieur à celui de 1995 – miracle de la mondialisation. Source : rapport SNBC 2019.
[3]Pour les Etats du G20
[4] D’après le rapport d »OXFAM et des Amis de la Terre, les émissions de GES issues des activités de financement des principales banques françaises dans le secteur des énergies fossiles représentent plus de 2 milliards de tonnes d »équivalent carbone, soit plus de 4 fois les émissions de la France !
[5]Autoroute qui sera concurrente du RER transfrontalier. La ville de Genève a décidé de recourir contre ce projet
[6]Pour leur analyse, voir « Green New Deal : un nouveau pacte pour le capitalisme ou pour les peuples et le climat ? »
20 janvier 2020, par Vincent Gay
[7]L’espérance de vie aux Etats-Unis commence à stagner depuis 2010 avant de décliner à partir de 2014 chez les hommes. in La baisse de l’espérance de vie aux États-Unis depuis 2014 par Magali Barbieri, Population & Société 2019/9

Retraites : 17 février, deux assemblées se font face

Ce 17 février, l’Assemblée nationale commence l’examen de la réforme des retraites, que le Président Macron veut imposer, malgré l’opposition de la majorité de nos concitoyen.ne.s ; il espère la faire voter, fort des 300 député.e.s LREM !

A quelques pas de cette institution, lui fait face notre Assemblée populaire , émanation de celles et ceux qui, depuis des mois, se battent contre le projet et, plus largement, contre la politique du gouvernement et disent : stop ! Deux légitimités face à face.

Le peuple est dans la rue depuis novembre 2018, Gilets jaunes, syndicats de travailleurs, militant.e.s associatifs, simples citoyen.ne.s, et il discute, il regarde comment agissent nos gouvernants, et il apprend beaucoup, car l’expérience concrète est la meilleur école.

Et ce peuple a bien compris, derrière le flou et les explications alambiquées du gouvernement, que ce projet de loi sur les retraites ne lui apporterait rien de bon.

Ce projet, c’est « travailler plus et toucher moins ».

C’est la trahison du système solidaire pensé par le Conseil National de la Résistance et mis en place par Ambroise Croizat, avec pour philosophie « cotiser selon ses moyens, recevoir selon ses besoins ».

C’est aussi ouvrir la voie aux intérêts privés des fonds de pension, qui lorgnent sur les 320 milliards d’euros de l’assurance retraite.

Avec la réforme punitive de l’assurance chômage, elle aussi imposée, l’asphyxie de l’hôpital public, la mise en œuvre du rapport CAP 2022 contre la fonction publique et les services publics, les privatisations, et j’en passe, ce gouvernement nous entraîne vers une régression sociale, un retour au XIXème siècle, avant les grandes conquêtes ouvrières !

Dans le même temps, dans l’inaction de nos gouvernements, nos forêts brûlent, la banquise fond, la biodiversité fond elle aussi à l’échelle d’une vie humaine, les premières catastrophes climatiques se répandent sur la planète entière, triste avant-goût de ce qui attend demain nos enfants et nos petits enfants.

Quel avenir la classe à laquelle vous appartenez, Monsieur Macron, leur réserve t-elle, quelle sécurité sur le plan social, alors que les inégalités explosent et que ce qui relie les humains se défait peu à peu à cause de votre politique ? Quel projet de vie construire dans ce monde déshumanisé, où tout est « concurrence » et « compétitivité », où la course à la « croissance » est le seul horizon, alors qu’il faudrait réduire le temps de travail, partager le travail et les richesses, vivre plus lentement, réinsérer l’être humain dans les écosystèmes, redonner enfin du sens à sa vie.

Mais votre classe a déjà fait sécession de la société, elle vit « ailleurs », elle n’est même plus capable de s’assurer le consentement des classes dominées en leur concédant quelques miettes, elle ne tient que par la répression. Elle dirige, mais elle n’est plus crédible lorsqu’elle prétend représenter les intérêts de la société.

Cependant, la convergence des luttes se met peu à peu en route – gilets jaunes, syndicats de travailleurs, jeunes mobilisés pour le climat, militant.e.s associatifs, se rencontrent, même si « Macron ne veut pas ». Et l’indifférence, ce « poids mort de l’histoire » pour reprendre la formule de Gramsci, tend à céder le pas à la conscience qu’il faut agir. C’est un grand espoir, car le peuple est lui-aussi en marche, il a pris goût à la politique.

Et il vous crie : le vieux monde, c’est vous ! l’avenir, c’est nous !

Retraites : 17 février, deux assemblées se font face

Ce 17 février, l’Assemblée nationale commence l’examen de la réforme des retraites, que le Président Macron veut imposer, malgré l’opposition de la majorité de nos concitoyen.ne.s ; il espère la faire voter, fort des 300 député.e.s LREM !

A quelques pas de cette institution, lui fait face notre Assemblée populaire , émanation de celles et ceux qui, depuis des mois, se battent contre le projet et, plus largement, contre la politique du gouvernement et disent : stop ! Deux légitimités face à face.

Le peuple est dans la rue depuis novembre 2018, Gilets jaunes, syndicats de travailleurs, militant.e.s associatifs, simples citoyen.ne.s, et il discute, il regarde comment agissent nos gouvernants, et il apprend beaucoup, car l’expérience concrète est la meilleur école.

Et ce peuple a bien compris, derrière le flou et les explications alambiquées du gouvernement, que ce projet de loi sur les retraites ne lui apporterait rien de bon.

Ce projet, c’est « travailler plus et toucher moins ».

C’est la trahison du système solidaire pensé par le Conseil National de la Résistance et mis en place par Ambroise Croizat, avec pour philosophie « cotiser selon ses moyens, recevoir selon ses besoins ».

C’est aussi ouvrir la voie aux intérêts privés des fonds de pension, qui lorgnent sur les 320 milliards d’euros de l’assurance retraite.

Avec la réforme punitive de l’assurance chômage, elle aussi imposée, l’asphyxie de l’hôpital public, la mise en œuvre du rapport CAP 2022 contre la fonction publique et les services publics, les privatisations, et j’en passe, ce gouvernement nous entraîne vers une régression sociale, un retour au XIXème siècle, avant les grandes conquêtes ouvrières !

Dans le même temps, dans l’inaction de nos gouvernements, nos forêts brûlent, la banquise fond, la biodiversité fond elle aussi à l’échelle d’une vie humaine, les premières catastrophes climatiques se répandent sur la planète entière, triste avant-goût de ce qui attend demain nos enfants et nos petits enfants.

Quel avenir la classe à laquelle vous appartenez, Monsieur Macron, leur réserve t-elle, quelle sécurité sur le plan social, alors que les inégalités explosent et que ce qui relie les humains se défait peu à peu à cause de votre politique ? Quel projet de vie construire dans ce monde déshumanisé, où tout est « concurrence » et « compétitivité », où la course à la « croissance » est le seul horizon, alors qu’il faudrait réduire le temps de travail, partager le travail et les richesses, vivre plus lentement, réinsérer l’être humain dans les écosystèmes, redonner enfin du sens à sa vie.

Mais votre classe a déjà fait sécession de la société, elle vit « ailleurs », elle n’est même plus capable de s’assurer le consentement des classes dominées en leur concédant quelques miettes, elle ne tient que par la répression. Elle dirige, mais elle n’est plus crédible lorsqu’elle prétend représenter les intérêts de la société.

Cependant, la convergence des luttes se met peu à peu en route – gilets jaunes, syndicats de travailleurs, jeunes mobilisés pour le climat, militant.e.s associatifs, se rencontrent, même si « Macron ne veut pas ». Et l’indifférence, ce « poids mort de l’histoire » pour reprendre la formule de Gramsci, tend à céder le pas à la conscience qu’il faut agir. C’est un grand espoir, car le peuple est lui-aussi en marche, il a pris goût à la politique.

Et il vous crie : le vieux monde, c’est vous ! l’avenir, c’est nous !

RETRAITES : UN COMBAT D’ECOLOGIE POPULAIRE

Une brève histoire de la Sécu

Par son projet de réforme des retraites, Macron s’attaque à l’un des piliers de la Sécurité sociale. La Sécu issue du programme du CNR, était toute une philosophie, celle d’un projet humaniste, bâti sur le principe de « cotiser selon ses moyens, recevoir selon ses besoins ». Un projet rassembleur, construit sur la solidarité, ouvrant la voie à un avenir meilleur : un projet d’émancipation. Alimentée par des cotisations, partie socialisée des salaires, elle avait une gouvernance participative, le dialogue social était au cœur de la décision, chaque organisme, à l’échelon local et national, était autogéré par les travailleurs, majoritaires dans les conseils d’administration. La Sécu au départ, c’était un « commun » !

Dans un pays où la cessation du travail signifiait souvent entrée dans une vie de privations, le système de retraites était un progrès majeur. Il reposait – et repose encore – sur un principe de solidarité inter-générationnelle, un contrat dans lequel les retraites des vieux étaient payées par les actifs, tandis que les salarié.e.s âgé.e.s laissaient leur place sur le marché du travail aux nouvelles générations. Ce système, progressif, s’accompagnait de la transformation d’une partie des gains de productivité en réduction du temps de travail, tant pendant l’activité qu’en permettant un départ à la retraite plus précoce.

Cependant, dès la fin des années 1960, des réformes successives de la Sécu remettent en cause la gouvernance du départ, pour donner le rôle principal à l’Etat, à travers la loi de financement qui fixe les orientations de sa politique et les objectifs pour son équilibre financier. Le « commun », c’était fini, car inacceptable pour les classes dirigeantes !

Le système, n’a pas manqué d’attaques au fil des dernières années, mais c’est encore trop pour la bourgeoisie, qui ne manque de dénoncer son prétendu « coût » qui briderait la « compétitivité » de notre économie.

La réforme Macron : une régression sociale sans précédent, « et en même temps » anti-écologique

La contre-réforme des retraites de Macron, c’est « travailler plus longtemps pour une retraite plus faible », dont on ne connaîtra le montant qu’au moment de sa liquidation. C’est aussi l’ouverture progressive aux fonds de pension.

Le système de points, loin d’être égalitaire, ne ferait qu’aggraver les inégalités de la vie active ; les femmes et les actifs aux carrières hachées et précaires en seraient les premières victimes.

L’augmentation de l’âge de départ à la retraite serait assuré par la règle du « 14% du PIB », l’âge pivot (largement un leurre, provisoirement retiré du projet de loi!) et la valeur du point, pour monter progressivement à 67 ans, voire plus, à l’instar des autres pays européens

L’entrée des fonds de pension serait préparée idéologiquement par la retraite à points, qui crée l’illusion que la cotisation est une épargne et une affaire personnelle ; elle se réaliserait concrètement en abaissant à 2,8% le taux de cotisation au delà de 10.000 euros de salaire par mois – ce qui coûterait un « pognon de dingue » de 73 milliards d’euros à la branche retraites sur 15 ans ! Et, pour une part, prendrait la direction de fonds qui soutiennent les énergies fossiles.

Mise en regard avec les attaques contre les services publics et la fonction publique, les privatisations, les reculs de l’assurance chômage, on voit se dessiner une nouvelle société, celle du « chacun pour soi », livrée au capitalisme le plus féroce, qui ne règne plus que par la force et les violences policières contre les mouvements sociaux.

L’enjeu écologique est désormais sur la place publique, avec le changement climatique, l’extinction massive des espèces vivantes, la dégradation des écosystèmes. L’être humain n’est pas épargné non plus, dans un monde où la marchandise a envahi tout les champs et où le travail lui-même est en perte de sens. Nous sommes en état d’urgence écologique et sociale, et nous savons que nous devons transformer notre modèle de développement au plus vite si nous voulons éviter le pire. Le changement climatique est déjà là, la situation en Australie en donne une image dramatique.

Nous savons aussi, et cela, les Gilets Jaunes nous l’ont dit, que cette transformation écologique sera juste ou ne sera pas. La réforme des retraites de Macron va précisément en sens inverse.

C’est à nous, au peuple, de prendre en charge les intérêts généraux de la société que les gouvernements ne représentent plus, et de nous rassembler pour créer le rapport de forces qui permettra de les mettre en oeuvre.

Faire de la lutte pour les retraites le début d’une reconquête du pouvoir sur la vie

La croissance, telle que nous l’avons connue, ne peut plus constituer un horizon. Il faut aller vers une société plus sobre, économe en ressources, dans laquelle chacun.e pourra  « bien vivre », une société qui privilégie la valeur d’usage, qui rejette les grands projets inutiles et les traités internationaux comme le TAFTA ou le Mercosur, qui organise un aménagement du territoire privilégiant les circuits courts et réduisant les déplacements forcés. La production sera ainsi réorientée de manière démocratique, la collectivité décidera des besoins et des moyens pour les satisfaire. Cette transformation sera accompagnée d’une réduction drastique des inégalités.

Le niveau local est important pour favoriser la création d’activités autogérées utiles à la population, rechercher l’autonomie territoriale pour une partie de l’alimentation, expérimenter la gratuité, renforcer les liens et les solidarités intergénérationnels. Plus proche des habitant.e.s, il permet de construire des démarches municipalistes portées par les collectifs d’habitant.e.s.

La réduction du temps de travail et son partage deviennent un axe stratégique de lutte. Elle sera rendue possible par la réduction des productions et des activités rendues inutiles, et permettra de consommer moins d’énergie et de réduire les émissions de gaz à effet de serre.

Semaine de travail plus courte, allongement des congés payés, abaissement de l’âge de départ à la retraite, permettent de réduire le chômage, notamment celui des jeunes. Cette réduction du temps de travail s’accompagne de l’augmentation du salaire minimum et de la création d’un salaire maximum, de l’égalisation des salaires entre les femmes et les hommes et du partage des tâches. Les richesses créées par le travail sont mieux partagées, libérant du temps pour des loisirs ou des activités librement décidées, non marchandes.

Cette nouvelle vision du travail créera une continuité entre la vie « active » et la retraite, qui n’apparaîtra plus comme une rupture et qui rendra justice aux retraités qui, par leur implication dans la société, ne pourront plus être qualifiés de « charge » !

Le partage du travail et la réduction des tâches pénibles, l’augmentation du salaire minimum qui améliorera les conditions de vie, mettront fin au scandale des inégalités d’espérance de vie, notamment en bonne santé, qui font que les plus pauvres payent les retraites des autres.

La transformation écologique va pouvoir s’appuyer sur un système de retraites qui doit redevenir le « commun » qu’il était au départ, et qui peut et doit être amélioré dès maintenant pour une plus grande justice sociale, au-delà de la récupération des acquis des luttes passées. On peut ainsi proposer quelques pistes :

– prise en compte des périodes chômées, indemnisées ou non, dans le calcul des trimestres ;

– sur-cotisation des entreprises qui ne respectent pas l’égalité salariale entre les femmes et les hommes ou recourent aux CDD et temps partiels courts ;

départ à la retraite à taux plein avant 60 ans pour les métiers pénibles et pour les personnes actives qui n’ont aucune chance de retrouver un emploi ;

retraite plancher permettant de vivre décemment

retraite plafond (sans baisse du taux des cotisations, comme le fait Macron)

– élargissement de l’assiette des cotisations aux revenus financiers et aux dividendes ;

lutte contre la fraude aux cotisations des entreprises, qui pourrait ramener 21 milliards d’euros par an…

Mais ce n’est pas la fin de l’histoire. La transformation écologique est un chemin vers une nouvelle société, qui aura renoncé au productivisme, où le travail ne sera plus une marchandise et aura perdu son caractère central, où la concurrence et la compétitivité auront cédé la place à la coopération entre individus libres, où la technique ne sera plus là pour asservir le travail mais pour l’alléger et permettre au collectif de travail de se l’approprier.

Dans cette société, l’économie sera au service de la société, au lieu de la diriger, les hiérarchies auront perdu leur raison d’être, exit donc les « premiers de cordée » car la production sera vue comme une œuvre collective, et place à un partage des richesses produites sur une base égalitaire.

La période de retraite ne sera plus considérée comme une coupure, mais comme une contribution à la vie sociale sous une forme non monétarisée, la pension égale pour tou.te.s assurera à chacun.e une vie décente. Cette volonté redistributive n’était-elle pas déjà inscrite dans les principes fondateurs de la Sécurité sociale, « contribuer selon ses moyens, recevoir selon ses besoins » ?

Nous sommes toutes et tous concerné.es. La grève par procuration ne suffit pas, il faut bloquer la circulation des biens et des services. Laisser le poids de la résistance sur les cheminots et la RATP prépare une défaite. C’est à toute la population maintenant, salariés du public et du privé, retraités, parents, lycéens, étudiants.. d’y aller Nous devons bloquer le pays jusqu’au retrait, car c’est de notre survie et celle des générations futures qu’il s’agit. C’est l’Heure de nous mêmes !

Le combat pour les retraites, à la lumière de l’enjeu écologique, est en réalité

UN COMBAT POUR L’EMANCIPATION.

LE PEUPLE MOBILISE DOIT LE GAGNER !!

LE GOUVERNEMENT DOIT RETIRER SON PROJET! NO PASARAN !

Retraites : Au peuple de prendre la parole pour dire quelle société il veut !

La Sécurité sociale, un système progressiste, fondé sur la solidarité, percuté par le tournant libéral

Rappelons-nous. C’était au lendemain de la Libération, le rapport de forces était favorable à la classe ouvrière, face à un patronat disqualifié par la collaboration. C’est dans ce contexte que naît notre système de Sécurité sociale issu du programme du Conseil National de la Résistance. Progrès majeur dans l’organisation de la solidarité, il a largement contribué au « mieux vivre » de la population dans les décennies qui ont suivi.

Un tournant majeur, en particulier, pour les personnes âgées, pour lesquelles la cessation du travail signifiait souvent, jusque là, l’entrée dans une vie de privations. Il reposait – et repose encore – sur un principe de solidarité inter-générationnelle, un contrat dans lequel les retraites des vieux étaient payées par les actifs, tandis que les salarié.e.s âgé.e.s laissaient leur place sur le marché du travail aux nouvelles générations. Ce système, progressif, s’accompagnait de la transformation d’une partie des gains de productivité en réduction du temps de travail, tant pendant la période active qu’en permettant un départ à la retraite plus précoce.

La mondialisation libérale commencée dans les années 1980 a changé profondément la donne. Par l’instauration d’un chômage systémique, la mise en concurrence des salarié.e.s des différents pays, elle a modifié profondément le rapport des forces entre le capital et le travail. La libre circulation des capitaux, la suppression des barrières commerciales, ont ouvert la voie à la fraude fiscale massive, légale à travers l ‘« optimisation » fiscale par le jeu des filiales, illégale avec les paradis fiscaux, mais très rarement sanctionnée – cette dernière étant estimée en France à 100 milliards d’euros par an. La part des salaires dans le PIB a reculé de 10% (soit à peu près 200 milliards d’euros d’euros par an).

Comme il l’avait fait au moment du capitalisme naissant, l’Etat (et l’Union européenne), a été un acteur majeur de cette évolution, par toutes sortes de voies, comme les traités commerciaux qui visent à harmoniser vers le bas les normes sociales et environnementales, ou encore les lois de finances parfois votées en catimini. On peut parler d’un véritable hold-up au profit du capital.

La Sécurité sociale n’y a pas échappé ( transformation du CICE en baisse des cotisations sociales patronales, partie intégrante des salaires ; non compensation par l’Etat des exonérations de cotisations sociales pour les heures supplémentaires, ce qui conduit à s’interroger sur les déficits invoqués par le gouvernement pour justifier l’urgence de la réforme des retraites. Henri Sterdyniak, un économiste atterré, n’hésite pas à parler à ce sujet de « mensonge d’Etat » : il n’y a pas d’« explosion » des dépenses sociales, le problème, ce sont les recettes (on pourrait dire la même chose que pour le budget de l’Etat). On a d’ailleurs atteint dans ce domaine une telle opacité que seuls les spécialistes peuvent s’y retrouver.

L’Etat néo-libéral contre le service public et la solidarité

Il faut s’arrêter ici sur la nature de l’Etat, sous peine de rater la cible. Contrairement à l’idée répandue, l’Etat n’est pas un outil « neutre », figure tutélaire de l’intérêt général. L’Etat capitaliste – puisqu’il faut l’appeler ainsi – est au service de la bourgeoisie dominante, il défend ses intérêts généraux, au besoin par la force (dite « légitime »). L’Etat néo-libéral est celui du capital financier, qui transforme tout, même la vie, en argent. Cet Etat est rattaché par toutes sortes de liens au capital financier (proximité sociale des « élites », pouvoir d’influence de l’argent et des médias, solidarité transnationale du capital lorsque ses intérêts sont menacés dans un pays), au point qu’une victoire électorale ne donne pas au vainqueur le « pouvoir » d’agir, qui dépend du rapport de forces. Cet Etat néo-libéral est « contre » les services publics – dont il coupe les moyens et qu’il privatise – il démantèle peu à peu la Sécurité sociale et en prend la maîtrise (56% seulement des ressources de celle-ci proviennent aujourd’hui des cotisations sociales).

Le projet de la contre-réforme des retraites, en dépit du flou entretenu par Macron, est très clair : c’est « travailler plus longtemps pour une retraite plus faible », et dont on ne connaîtra le montant qu’au dernier moment. Et cette contre-réforme touchera tout le monde, y compris les actuel.les retraité.e.s, qui continueront à voir leur retraite fondre au rythmes de l’inflation, voire de l’augmentation de la CSG. Les femmes seront particulièrement affectées. Le but final, c’est une retraite de base très faible pour tou.te.s, un minimum vital, et pour les plus riches, le recours à les assurances privées : du « chacun pour soi », en quelque sorte, à l’opposé du système de solidarité. Quant à l’âge de départ à la retraite, il augmentera au fil des années, pour rejoindre d’autres pays européens donnés comme modèles, où l’on frise un travail jusqu’à 70 ans – sous prétexte de l’allongement de l’espérance de vie et du poids croissant des personnes âgées par rapport aux actifs. Et le ballon d’essai sur « la clause du grand-père » qui, aux dernières nouvelles, semble abandonnée, a surtout pour but de désolidariser les anciennes générations des jeunes.

De « justice », il n’y a point, n’en déplaise à Macron. On devrait à cet égard souligner un non-dit, celui de l’inégalité de l’espérance de vie. Entre les 5% les plus riches et les 5% les plus pauvres, elle est de 13 ans pour les hommes et de 8 ans pour les femmes. Et le constat est à peu près le même pour l’espérance de vie en bonne santé, qui n’augmente plus. Cela veut dire, en clair, qu’avec l’obligation de travailler plus longtemps, les plus pauvres pourront à peine profiter de leur petite retraite. Certes, comme le MEDEF, Macron a rayé de son vocabulaire le mot « pénibilité » du travail, mais la réalité est tout autre et invite à poser la question des retraites dans un cadre plus large.

Nous disons clairement : cette contre-réforme des retraites, nous la rejetons en bloc et nous serons présents à la manifestation du 5 décembre ! Si elle passait, ce serait un recul sans précédent, elle entraînerait d’autres reculs encore de la part d’un gouvernement ainsi revigoré, qui par leur violence sociale nous feraient retourner au XIXème siècle.

Au peuple de reprendre le flambeau et d’instituer les « communs » de demain !

Mais on ne peut pas en rester là.

Cette contre-réforme, comme la guerre engagée contre les services publics par le capital financier transnational, montre qu’il n’y a rien à attendre de la part des « élites » qui nous gouvernent et qui ne sont en réalité que les fondés de pouvoir du capital. La question qui est posée aujourd’hui, tant par l’urgence sociale que l’urgence environnementale et démocratique, c’est celle de la société dans laquelle nous voulons vivre. La révolte des Gilets jaunes, y compris dans ses contradictions et ses limites inévitables, a posé ces questions et bousculé les institutions de la République bourgeoise, ce qui a permis d’ouvrir des fenêtres pour la prise de parole des citoyens. Ne laissons pas ces fenêtres se refermer, et débattons entre citoyens et plus largement habitants de nos territoires, sur ce qui est « notre affaire » !

Les altermondialistes disaient « un autre monde est possible » ! Oui, et c’est à nous de l’inventer. La question des retraites est une bonne porte d’entrée pour poser la question du travail, des temps de la vie, de la production et de la répartition des richesses produites. On peut souligner, parmi les débats de société qui s’imposent, plusieurs sujets.

1. Depuis la naissance du capitalisme, la lutte des travailleurs a permis une amélioration des conditions de travail, une baisse de sa durée, des congés payés, la création d’une retraite à 60 ans. Et puis tout cela s’est arrêté. On constate même depuis plusieurs années, alors que le pays est plus riche, des retours en arrière, ainsi au travail du dimanche, au « travailler plus, tout en gagnant moins », à l’allongement de l’âge du départ à la retraite, à l’obligation pour certain.e.s retraité.es de reprendre du travail à cause d’une retraite insuffisante, un comble, alors que dans le même temps le chômage des jeunes explose. Notre système capitaliste ne marche-t-il pas sur la tête, alors qu’une société démocratiquement organisée permettrait de répartir une durée du travail globalement réduite, grâce aux gains de productivité ? La question se pose avec d’autant plus d’urgence que le productivisme inhérent à ce système, attisé par la concurrence, engendre des catastrophes climatiques qui menacent le maintien de la vie sur terre.

2. Faut-il perdre sa vie à la gagner, dans la course effrénée à une consommation entretenue par la publicité, en fabriquant des objets sans guère de « valeur d’usage » voire même inutiles ou dangereux, tandis que des métiers comme ceux du « soin», essentiels pour le lien social, sont dévalorisés ? Est-ce une fatalité que toute l’existence sociale tourne autour du travail, que la plupart des loisirs tournent autour de la consommation de marchandises (au point où les centres commerciaux sont devenus le centre des villes, ouverts parfois 24h sur 24 )? N’est-il pas temps que la société prenne la maîtrise de l’économie, qu’elle décide démocratiquement ce qu’il faut produire, en fonction des besoins ?

3. Nos « élites » ne cessent d’invoquer la « croissance » comme solution à tous nos maux et les bienfaits du « ruissellement » que nous promettent les « premiers de cordée ». Mais pendant ce temps, dans le monde réel, les inégalités explosent. La raison principale en est la séparation entre le travailleur et les moyens de production, propriété du capital. Tant que nous restons dans ce système, nous ne pouvons agir qu’à la marge, avec des avancées et des retours en arrière, selon les rapports de forces.

Les services publics et la solidarité sociale, dont les retraites, sont, eux, des « communs », et pourtant société n’a pas son mot à dire. Quelle part des richesses nationales faut-il consacrer à la santé ? Pour les retraites, quelle répartition retenir entre les générations ? Qui doit le décider ? Des technocrates, du fond de leur bureau – ceux-là mêmes qui ont décrété que la part des retraites ne devait pas dépasser 14% du produit intérieur brut (PIB) – ou bien la société elle-même ?

La réponse pour nous est claire. La société est d’autant plus légitime pour décider qu’il s’agit de sujets qui concernent la collectivité dans son ensemble. Le capital transnational, qui envahit peu à peu tous les champs de la vie, s’emploie à réduire l’espace du collectif pour en faire autant d’opportunités de profit. Nous le voyons tous les jours. Nous devons y résister, des victoires sont possibles, on le voit pour la municipalisation de l’eau.

Mais que de reculs, avec à la manoeuvre l’Etat – à qui la gestion du social avait été délégué à travers l’ « Etat providence » ! Comme le disent très bien Pierre Dardot et Christian Laval (dans « Commun ») « le commun a été historiquement dévoyé par l’Etat, de sorte que toute politique qui s’en réclamerait devrait viser d’abord à rendre à la société ce qui lui revient, à savoir le contrôle démocratique des institutions de réciprocité et de solidarité qui lui ont été confisquées par la haute administration ». Réintroduire le commun, cela suppose que les membres de la société « en soient démocratiquement les gouvernants et qu’ils soient saisis des grandes orientations stratégiques comme, à un niveau plus limité et local, des questions relatives à la gestion quotidienne des services ». Cette exigence doit être posée aujourd’hui, comme un acte politique fort dans notre combat sur les retraites. Cette volonté de reprise en mains pourrait prendre la forme d’assemblées citoyennes, à l’instar de ce qu’ont su faire les Gilets jaunes, lieux de débats et d’élaboration, dans lesquels le peuple pourra enfin prendre la parole et jouer son rôle instituant.

What do you want to do ?

New mailCopy

Faire des habitant/es des quartiers populaires les co-producteurs de la politique de la ville

A l’heure où le gouvernement Ayrault s’attache à redéfinir la politique de la ville, il est un sujet sur lequel je voudrais insister, tant il reste encore éloigné de la conception dominante de l’action publique, sans compter les dégâts produits dans l’opinion ces dernières années par la politique de stigmatisation de la jeunesse des quartiers populaires, l’ethnicisation du débat social, l’omniprésence du discours sécuritaire.

Ce n’est pas faute pourtant de travaux de chercheurs(1) depuis de nombreuses années, de prises de position d’acteurs (2), d’expériences concrètes qui font malheureusement encore figure d’exception dans notre pays (3). Plusieurs rapports récents semblent montrer cependant une évolution des esprits et viennent opportunément relancer le débat (4).

Ce sujet, c’est celui de la place des habitantes et des habitants des quartiers dans la politique de la ville: des éternels assistés ou une force de changement social?

Il est temps de changer le regard sur la population des quartiers, de la considérer comme une ressource à mobiliser, comme la solution et pas comme le problème

Les quartiers sont des lieux de concentration des handicaps, leurs problèmes – chômage, échec scolaire, insécurité, environnement dégradé – sont bien connus et rappelés au fil des rapports. Ils appellent des mesures d’urgence.

Pour autant, l’image d’éternels assistés donnée des habitant/es des quartiers est à la fois fausse et pernicieuse. Fausse, car les aides apportées au titre de la politique de la ville ne font souvent à peine que compenser le déficit des politiques de droit commun. Fausse aussi, parce qu’elle ignore les nombreuses initiatives qui émanent des habitant/es. Pernicieuse enfin, par l’image négative qu’elle donne des quartiers et qu’elle renvoie à celles et ceux qui y habitent. On peut penser que cette vision, dont ne s’est jamais vraiment départie la politique de la ville, est l’une des raisons de ses échecs – si l’on rapporte ses résultats aux objectifs affichés de réduire les écarts entre les quartiers populaires et le reste de la ville.

N’est-il pas temps de changer de perspective, en considérant les habitant/es des quartiers comme des ressources et des acteurs, en donnant le primat à l’investissement humain et en se plaçant dans une posture de co-élaboration ? A la lumière des analyses et retours d’expériences que j’évoquais plus haut, je réponds « oui », sans hésiter.

Cette approche, j’en suis conscient, constitue un réel défi – je dirais même une « nouvelle frontière » pour les institutions et pour les agents des services publics, transformant profondément le rapport à l’usager, impliquant plus d’autonomie dans la mise en oeuvre de leurs missions pour mieux coller aux besoins des territoires. Mais, après des années de RGPP et de logique de rentabilité financière, n’est-elle pas plus conforme à la finalité du service public? Et gageons qu’au delà des quartiers populaires, c’est toute la société qui en profitera.

Mobiliser les territoires au service d’un projet avec les habitant/es

Le constat de l’Observatoire national des zones urbaines sensibles (ONZUS) est impitoyable : en dépit des interventions publiques, les écarts entre les quartiers et le reste de la ville ne se réduisent pas, résultat d’une dynamique dans laquelle les ménages qui réussissent s’en vont et sont remplacés par des plus pauvres. A contrario, d’autres quartiers populaires, bénéficiant de l’atout d’une localisation avantageuse, s’embourgeoisent et voient fuir leurs habitants sous l’effet de la hausse des prix fonciers.

Voilà qui interpelle les pouvoirs publics, leur capacité non seulement de mettre en synergie les différents acteurs à l’échelle du quartier, mais aussi de définir des politiques cohérentes et solidaires à l’échelle du bassin de vie, dans un processus « vertueux » de transformation des quartiers au profit de celles et ceux qui y habitent, dans des projets pensés pour eux et avec eux, à partir de leurs besoins.

(Re)créer de la qualité de vie dans le quartier n’est pas seulement affaire de « béton », même avec un accompagnement social, ce dont tout le mode semble désormais convaincu, après des années de séparation, avec la création de deux structures indépendantes, l’ANRU et l’ACSé.
C’est aussi, c’est d’abord, donner à chacune et à chacun le pouvoir d’agir sur sa propre vie, de réaliser ses projets et de devenir acteur/actrice du changement social.

Les futurs « contrats de ville » devraient alors « tenir les deux bouts »: 1) valoriser les ressources des habitant/es et la capacité citoyenne des quartiers populaires, à partir de démarches ascendantes s’appuyant sur une ingénierie sociale ; 2) veiller à la cohérence du projet territorial global et à la réalité des moyens qui vont bénéficier à ces quartiers et à leurs habitant/es, au regard de l’objectif de réduction des inégalités. Ils devraient en outre donner lieu à un suivi – participatif -, qui ne se limite pas aux caractéristiques des quartiers, mais qui prenne en compte aussi la mobilité de leurs populations.
C’est ainsi que la politique de la ville pourra (re)devenir aussi un lieu d’innovation sociale, retrouvant l’ambition de ses premières années.

Il est temps d’adresser aux habitantes et aux habitants des quartiers populaires un message positif, un message de considération, qui doit venir du plus haut niveau de l’État, car il doit engager l’ensemble de la communauté nationale et l’action de tou/tes les ministres.

_______________________________________________________________________________
(1) Qu’on me pardonne de ne pas citer pas ici les nombreux travaux des chercheuses et chercheurs, travaux d’une grande qualité et riches d’enseignements pour les politiques, appuyés souvent sur l’analyse et l’évaluation des expériences étrangères
(2) Je pense notamment à la lettre ouverte du collectif « Fonda » du 15 juillet 2010 « valoriser la capacité citoyenne des quartiers populaires »
(3) Je voudrais mentionner tout particulièrement la recherche-action relatée dans l’ouvrage « Droit de cité pour les femmes » de Christine Bulot et Dominique Poggi – les Editions de l’Atelier, mars 2004. Elle montre comment la coopération engagée par des habitantes des cités et des professionnelles de l’Est Val d’Oise révolutionne les manières de penser et la mise en pratique de l’action sociale et politique
(4) Rapport du Comité d’évaluation et de suivi de l’ANRU « Les quartiers en mouvement- Pour un acte 2 de la rénovation urbaine » – août 2011; avis du Conseil national des villes du 19 janvier 2012 sur la démocratie locale et la participation des habitants; note du Centre d’analyse stratégique « La participation des habitants: trois pistes pour rénover la politique de la ville » – septembre 2012