Pour l’égalité femmes/hommes dans les espaces publics

Intervention au Conseil régional d’Ile-de-France dans le cadre du plan d’action régional pour l’égalité entre les femmes et les hommes – 21 juin 2013

Les femmes se sentent plus souvent en insécurité que les hommes dans les espaces publics. C’est ce que montrent toutes les enquêtes. Elles sont 2 fois plus nombreuses à faire état d’un sentiment de peur dans les transports, 4 fois plus dans leur quartier le soir, selon les enquêtes de victimation de l’Institut d’Aménagement et d’Urbanisme d’Ile-de-France, ce qui les conduit à des comportements d’évitement – ne pas sortir le soir, ne pas fréquenter certains lieux – et contribue à restreindre leur participation à la vie sociale, économique et culturelle. Ce constat a pu être résumé par Fanny Arlandis dans le titre choc « La rue, fief des mâles » de son article dans le Monde du 4 octobre 2012.

L’expérience courante des femmes dans l’espace public, où elles subissent souvent interpellations, insultes et contacts physiques contribue à conforter le « bon sens commun », selon lequel les femmes ne doivent pas traîner dans l’espace public et que leur place privilégiée est l’espace privé. Et pourtant, l’essentiel des violences envers les femmes se produisent au sein de la famille!

Les pouvoirs publics, parfois sans en prendre conscience, contribuent à cette ségrégation par leurs politiques d’aménagement et de gestion de l’espace. Ainsi, l’article cité avance que 85% des équipements dans les zones prioritaires de la politique de la ville sont destinés aux garçons. Le Conseil régional d’Ile-de-France est conduit lui aussi à s’intéresser à cette question majeure, à travers notamment les subventions qu’il accorde et ses politiques, je pense notamment à sa politique de prévention et de sécurité dans les transports, sur laquelle nous réfléchissons en ce moment.

Nous avons affaire à une question sociale importante, qui devrait être abordée de façon globale sous deux angles:
la lutte contre les facteurs qui contribuent à créer et à pérenniser les stéréotypes de genre, dès le plus jeune âge, c’est-à-dire dès la socialisation différenciée des garçons et des filles;
l’introduction d’une dimension genrée dans les politiques

Des expériences nombreuses existent dans les pays les plus divers, en particulier pour l’aménagement et la gestion des villes. On peut citer le rapport de 2010 « Villes sûres » du Fonds de développement des nations unies pour la femme, qui propose plusieurs axes d’actions étayés par des exemples: audits ou groupes de réflexion de femmes visant à identifier leurs problèmes de sécurité, formation des acteurs (urbanistes, policiers, plus largement tous ceux qui produisent ou qui participent à la gestion des villes), intégration des questions liées à l’égalité des sexes et à la sécurité dans les projets d’aménagement, élaboration de programmes d’ensemble à l’échelle de villes et de quartiers, etc…

L’enjeu, au-delà de l’égalité femmes-hommes, concerne aussi toutes les catégories de population exclues pour des raisons diverses de l’espace public.

Par cet amendement, le groupe EELV propose que la Région définisse une politique d’ensemble avec un plan d’actions visant à réduire les inégalités entre les femmes et les hommes dans les espaces publics. Le contenu de ce plan d’action devra être précisé d’ici la fin de l’année 2013.

La clause de l’européenne la plus favorisée

Inter vention au Dejazet le 29 mai

Porter le combat féministe en Europe me paraît, en effet, essentiel aujourd’hui:
avec les reculs que l’on observe dans de nombreux pays sous l’effet du libéralisme, où les femmes sont les premières victimes de la montée de la précarité dans le travail et du temps partiel contraint, ainsi que des réformes des retraites et des attaques contre les services publics
avec le poids politique de la religion dans plusieurs Etats membres, où le droit à l’avortement n’est pas reconnu, et jusque dans les Traités de l’Union, où l’égalité F/H ne figure que comme un objectif, et pas comme une « valeur » fondatrice.

C’est pourquoi l’institution d’une clause de l’européenne la plus favorisée, promue depuis plus de 30 ans par Gisèle Halimi et l’association Choisir la Cause des Femmes, serait une grande avancée, non seulement pour les femmes, mais pour la société toute entière.

De quoi s’agit-il?

Cette clause vise à promouvoir l’harmonisation vers le haut des législations européennes applicables aux femmes. Elle recouvre recouvre différents domaines: le choix de donner la vie, le droit de la famille, la lutte contre les violences faites aux femmes, l’égalité professionnelle, l’égalité d’accès aux fonctions politiques.

Le vote de cette clause, et plus encore sa traduction dans les actes, représenterait aussi un grand progrès pour la France. Je prendrai simplement quelques exemples, dans lesquels nous pouvons puiser de inspiration pour nos propres politiques
celui des Pays-Bas, où l’accès aux méthodes contraceptives est libre, direct et gratuit, et où l’État assure l’information, la disponibilité et la gratuité pour les femmes mineures ou majeures;
celui de la Suède, qui a mis en place dès 1974 un régime de congé parental ouvert aux deux parents très développé et flexible, qui leur permet de passer du temps avec leurs enfants et incite le père à en prendre une part plus large; dans les faits, ce n’est pas encore tout à fait cà, on est loin d’un partage égal, mais les mentalités évoluent
celui de l’Espagne, où une loi-cadre très complète a été adoptée en 2004 contre la violence conjugale, avec de nombreux volets: sensibilisation à l’école, formation des agents des services publics potentiellement concernés, mesures de protection d’urgence de la victime, centres d’accueil et d’hébergement nombreux, sanctions fortes, juridictions spécialisées incluant dans chaque siège de tribunal un juge formé spécifiquement aux violences faites aux femmes

Alors, promouvons la Clause de l’européenne la plus favorisée au niveau de l’Europe,
Mais aussi, sans attendre, nous pouvons déjà lui donner une réalité dans notre législation en France:
en la mettant au niveau des dispositions les plus avancées dans les différents domaines, ce qui rendra encore plus crédible notre combat européen
et en n’oubliant pas qu’il ne suffit pas de voter une loi, il faut lui donner également les moyens de sa mise en oeuvre!