Audition du préfet de police par le conseil régional d’Ile-de-France

Audition de Bernard BOUCAULT, Préfet de police
mon intervention

Monsieur le préfet de police,

Votre rendez-vous annuel avec la Région intervient dans un contexte difficile – difficile pour nos concitoyens en proie de plus en plus à l’insécurité sociale, difficile pour notre société en mal de dessein collectif et où l’on voit se développer des tendances au repli et au rejet de l’autre, une situation qui me fait penser à la formule de Gramsci « l’ancien se meurt, le nouveau monde tarde à apparaître, et dans ce clair-obscur surgissent les monstres ».

Des évènements graves sont intervenus ces derniers mois, qui mettent en danger notre pacte républicain. Agressions de femmes voilées à Argenteuil, attaques honteuses contre notre garde des sceaux avec en arrière-plan la résurgence de théories raciales du XIXème siècle que l’on croyait oubliées, banalisation du racisme anti-musulman depuis la création du ministère de l’identité nationale.

Dans ce contexte, la « tolérance zéro » à l’égard des actes racistes, la lutte résolue contre la xénophobie et les pratiques du bouc émissaire, sont des impératifs pour continuer à faire société. Ne pas mener aujourd’hui la bataille idéologique prépare les défaites politiques de demain.

Nous parlons aujourd’hui de l’Ile-de-France, et j’y reviendrai plus précisément tout à l’heure, mais s’agissant du thème de la sécurité, il paraît difficile de ne pas s’arrêter un moment sur les politiques nationales qui intéressent au premier chef le territoire francilien, tant elles pèsent sur le contexte social.

Dans le bon sens, d’abord: la régularisation en 2013 de 46.600 étrangers, moitié plus que dans les années précédentes ; l’octroi facilité de la nationalité française; la suppression des barrières qui empêchaient la recherche d’emplois en France des étudiants étrangers; l’inflexion de la politique de prévention de la délinquance, avec le redéploiement des crédits du Fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD) en faveur de la jeunesse, avec une réduction significative de la part de la vidéosurveillance.

Mais nous sommes malheureusement très loin du compte. La promesse présidentielle du droit de vote des étrangers aux élections locales est, une fois de plus, oubliée. L’arrêt des contrôles au faciès – sujet très sensible pour les jeunes des quartiers populaires – est renvoyé à l’élaboration d’un code de déontologie. Et que dire des Roms – déjà stigmatisés par le discours de Grenoble de Nicolas Sarkozy en 2010 – qualifiés aujourd’hui par un ministre « d’inintégrables » et expulsés de leurs camps sans même, dans bien des cas, que soit appliquée la circulaire d’août 2012, selon le défenseur des droits, Dominique Baudis? J’ajouterai l’attitude très restrictive à l’égard des demandeurs d’asile, dans une Europe du « chacun pour soi » qui pense se protéger en s’entourant de murs. Enfin, rien n’a changé pour les conditions de régularisation des jeunes majeurs étrangers scolarisés, conduisant nombre d’entre nous à poursuivre avec RESF les parrainages entrepris sous les gouvernements de droite. Le 30ème anniversaire de la Marche pour l’égalité et contre le racisme de 1983 suscite depuis quelques temps de nombreuses initiatives, qui rappellent l’actualité et l’acuité des problèmes, 30 ans après.

J’arrête là mon énumération déjà longue, en souhaitant que par votre intermédiaire ces propos soient rapportés au gouvernement, tant j’ai la conviction – et c’est celle du groupe EELV – qu’au delà de la défense des valeurs de gauche, une politique ouverte est bénéfique pour notre pays, y compris sur le plan économique – et là aussi il faut combattre la désinformation.

J’en viens à des sujets plus spécifiquement franciliens.

Vous nous avez donné tout à l’heure des chiffres sur la mise en oeuvre par l’État de ses engagements dans le cadre de la convention sur les commissariats. La présence de travailleurs sociaux, de médiateurs, participe au bon accueil des victimes, et permet aussi d’apporter des réponses à des situations qui ne relèvent pas d’un traitement pénal. Pour certains actes délinquants, des petits mais parfois de très graves, il n’y a pas de dépôt de plainte. Avez-vous des éléments qui permettraient d’évaluer l’impact de la présence de ces travailleurs sociaux sur les taux de déclaration?

Je voudrais aussi évoquer la question de la sécurité dans les transports franciliens, à laquelle la Région est très attachée. Vous avez d’ailleurs été auditionné à ce sujet par le conseil d’administration du STIF, il y a quelques mois. La Région travaille actuellement à une évaluation de la politique qu’elle mène avec le STIF et les opérateurs de transport en la matière, et je voudrais par votre intermédiaire remercier la brigade des réseaux ferrés, pour les échanges constructifs que nous avons dans la commission que je co-préside, où notre préoccupation se porte en particulier sur la mobilisation des moyens humains, avec une attention particulière aux réseaux de surface de la grande couronne et aux pôles multimodaux.

Enfin, alors que le projet de loi de programmation pour la ville et la cohésion urbaine vient en débat à l’Assemblée Nationale, le groupe EELV serait intéressé à connaître vos réflexions sur l’application en Ile-de-France de la convention d’objectifs entre le ministre de l’intérieur et le ministre délégué chargé de la ville concernant son volet sécurité et tranquillité publiques.

Je vous remercie de votre attention.

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