Petits commerces: L’UMP poursuit l’exploitation du filon de la sécurité et de la peur

Mon intervention au conseil régional d’Ile-de-France sur la « niche » de l’UMP: sécuriser les petits commerces et les services de proximité

Mes chers collègues,

Le rapport que le Mouvement Populaire nous invite aujourd’hui à voter a trait une nouvelle fois aux questions de sécurité. Il appelle notre région à étendre la politique qu’elle mène en matière de prévention et de sécurité aux petits commerces et aux services de proximité, pour l’essentiel en finançant l’installation de caméras de vidéosurveillance.

Le groupe EELV – Les Verts ne méconnait pas les difficultés auxquelles sont confrontées ces professions et considère que la collectivité a un devoir de protection envers elles, comme envers tout citoyen.

Nous nous demandons pourtant si tel est bien l’objet de votre rapport, qui nous paraît davantage inspiré par une volonté d’instrumentaliser des situations en effet inacceptables, afin de critiquer la politique de la majorité régionale, que par un souci de proposer des réponses réellement opérantes. Nous avions pris l’habitude, il est vrai, ces dernières années, lorsque vous étiez au pouvoir, de ces lois de circonstance prises en réaction à des évènements.

Avant d’en venir au fond du problème, je voudrais souligner l’usage orienté que vous faites des statistiques de la délinquance enregistrée pour démontrer une prétendue explosion générale de la délinquance depuis le changement de majorité nationale. L’Observatoire National de la Délinquance et des Réponses Pénales lui-même souligne « la méprise que représenterait l’assimilation de la délinquance enregistrée à la délinquance commise » et rappelle que « l’enquête de victimation est la pierre angulaire du dispositif de mesure de la fréquence des phénomènes de délinquance, car elle révèle les évolutions (et pas seulement les faits portés à la connaissance) et permet de repérer les pratiques d’enregistrement non conformes ». De plus, comme vous le savez, des ruptures statistiques sont intervenues depuis 2012 dans l’enregistrement des crimes et des délits, ce qui rend audacieuse la comparaison des données d’une année sur l’autre. Plus de prudence aurait donc été de mise, avant d’énoncer une conclusion aussi péremptoire.

Vous présentez encore la sécurité comme un facteur central de désertification de certains territoires en commerces et en services. Il y a bien d’autres causes plus importantes à cela, à commencer par le départ de services publics sous l’effet des politiques de rationalisation financière menées avec ardeur par l’ancienne majorité.

La démonstration se poursuit par une critique de l’action de la région Ile-de-France, dont le bilan serait « décevant ». Mais votre analyse est un peu courte, puisqu’il n’y est question que de dépenses d’investissements. Or, ce n’est qu’une partie de la question.
Le rapport-cadre de février 2012, auquel le groupe EELV a largement contribué, a étendu l’action régionale dans plusieurs directions importantes, qui sont pleinement dans son rôle: le développement et la professionnalisation de la médiation, comme mode privilégié de résolution des petits conflits de la vie quotidienne, et donc porteuse de vivre ensemble; le partenariat avec les collectivités locales, à travers une aide aux diagnostics, dans une démarche participative avec les populations et orientée vers la résolution de problèmes; la lutte contre les violences envers les femmes.

La doxa de la vidéosurveillance, qui a marqué la politique de la droite ces dernières années, au point de représenter 60% des interventions du Fonds interministériel de prévention de la délinquance (FIPD) et de se traduire parfois par des injonctions aux maires, a montré ses limites. Contrairement à ce que vous affirmez, la vidéosurveillance, selon les lieux ou elle est installée, a peu, voire pas, d’efficacité pour prévenir ou dissuader les actes délinquants, elle constitue d’abord une aide à la police pour l’élucidation. Retrouver les coupables, c’est bien, mais empêcher qu’il y ait des victimes, c’est mieux.

Nous aurons l’occasion d’en reparler dans le domaine des transports, où les travaux menés au sein du Comité de suivi et d’évaluation mis en place l’an dernier conduisent à penser que, toute idéologie mise à part, les priorités devront aller à l’avenir au renforcement de la présence humaine, à la mobilisation, à la qualification et à la coopération de tous les acteurs, à la qualité de la conception et de la gestion des espaces, si l’on souhaite améliorer la sécurité et faire enfin baisser le sentiment d’insécurité, qui se maintient à un niveau élevé depuis 2001, début des enquêtes de victimation de l’IAU.

Le groupe EELV fait siennes les préconisations du Manifeste d’Aubervilliers et Saint-Denis, issu de la conférence internationale de décembre 2012 du Forum européen pour la sécurité urbaine (EFUS), qui a réuni plus de 900 participants issus de 200 villes, de 40 pays et de cinq continents. Ces participants ont tenu à réaffirmer, en se fondant sur des éléments objectifs, que les politiques sociales de prévention sont particulièrement efficaces dans la lutte contre la violence et la criminalité, et que la prévention est moins coûteuse non seulement du point de vue économique mais aussi social. Ce choix est aussi un choix de société pour la construction d’un monde ouvert, pour une sécurité considérée comme un bien commun, basé sur le respect des droits fondamentaux.

Oui, les petits commerces et les services de proximité ont le droit de travailler en sécurité. Mais ce n’est pas par les moyens que vous préconisez, c’est d’abord par davantage de présence humaine. Ce n’est d’ailleurs pas la vocation de la Région que de financer de manière générale des équipements privés, dont on voit au demeurant sur plusieurs exemples que vous citez qu’ils n’ont pas d’effet préventif ni dissuasif.

Au côté – et en coordination avec – les actions qui relèvent de la responsabilité propre de l’État, la vocation de la Région est de contribuer au renforcement de la prévention. Elle en dispose des outils, qui ne demandent qu’a être développés:
– les diagnostics territoriaux, qui permettent l’élaboration concertée dans le cadre des Comités locaux pour la sécurité et la prévention de la délinquance (CLSPD) ou des Comités intercommunaux (CISPD) de stratégies locales articulant prévention/dissuasion/répression en fonction des contextes particuliers des territoires
– ses politiques de prévention et de médiation, sans parler de ses autres politiques en amont qui ont aussi un caractère préventif

Vous avez compris que le groupe EELV ne votera pas votre rapport. Celui-ci n’apporte pas de réponse efficace au problème qu’il prétend résoudre. Mais aussi, et peut-être surtout, par sa présentation polémique, il apparaît d’abord comme une tentative de poursuivre encore et toujours l’exploitation du filon de la sécurité et de la peur.

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